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Michel Collon: «La France n’est pas l’amie du peuple algérien»

Après Étienne Chouard et Maurice Lemoine, deux figures antisystèmes, nous avons échangé avec Michel Collon, fondateur du site Investig’Action. Avec ce journaliste belge engagé, Sputnik a parlé Algérie, Venezuela et propagande de guerre. Entretien-choc.

Souvenez-vous de cette vidéo qui tournait en boucle en 2011, de Ce Soir ou Jamais, l’émission de Frédéric Taddéi sur France 3 où Michel Collon s’échauffait sur l’intervention occidentale en Libye et les «médiamensonges». Un des seuls médias en France où le journaliste engagé a pu développer son propos et se faire connaître auprès du grand public. Une voix rarement entendue ailleurs, car son discours dérange. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il fonde en 2004 le collectif Investig’Action.

Retrouvez les meilleurs moments de cet entretien en vidéo:

 

Que pense Michel Collon du contexte actuel de la révolte en Algérie qui a poussé Bouteflika à la démission, des troubles au Venezuela et des Gilets jaunes en France? Nous avons failli ne pas le savoir: alors que je montais dans le Thalys de 7 h pour Bruxelles, je reçois un message de sa part pour reporter l’interview. Bien que malade, il nous recevra finalement dans l’après-midi, chez lui, dans une banlieue résidentielle bruxelloise.

Actualité oblige, nous commençons donc par l’Algérie. Assistons-nous à un nouveau Printemps arabe, qui portera lui aussi plus tard son lot de déceptions? Pour le moment, les Algériens ont manifesté pour réclamer le départ du Président Bouteflika, en place depuis 1999, et ils semblent avoir parié sur la non-violence pour l’obtenir. Alors qu’il a démissionné le 2 avril et qu’il demande même «pardon» à son peuple, quelle issue peut avoir cette crise politique? Comment analyser la diplomatie française très prudente sur l’Algérie? Michel Collon se montre plutôt circonspect vis-à-vis d’éventuelles ingérences étrangères habituelles:

«La France, comme tout le monde, se pose des questions, comment ça va tourner, est-ce qu’il va y avoir ce que font les États-Unis partout, des « regime change », installations de marionnettes? La France joue peut-être plusieurs chevaux à la fois, ne sait pas très bien qui va l’emporter, mais une chose est sûre, la France n’est pas l’amie du peuple algérien, je parle de la France de Paris, la France de Macron, des multinationales qui sont derrière, ça n’est pas l’amie des peuples, donc pour moi c’est la méfiance.
Il y a tellement d’exemples où la France, comme les États-Unis, comme la Belgique, se sont présentés en humanitaires, on va faire le bien des peuples, on va apporter la démocratie, et puis ils apportent juste plus de dépendance, donc plus de pauvreté, en fait toujours du colonialisme. Pour moi, on n’est pas sortis du colonialisme.»

Le fondateur d’Investig’Action se méfie des révoltes populaires «spontanées», régulièrement orchestrées de loin par Washington. Pourtant il est difficile de voir a priori dans le soulèvement algérien une quelconque immixtion d’une puissance occidentale. Michel Collon reste toutefois sur la réserve:

«Si des peuples se mobilisent pour obtenir plus de démocratie, un partage des richesses honnête et pas comme maintenant, tout dans certaines poches et les autres qui n’ont pas de boulot, et l’utilisation des ressources nationales, minières et autres, pour apporter du social aux gens, je suis à fond pour. Les peuples ont le droit de décider qui doit les diriger, qu’est-ce qu’il faut faire avec leur argent, leurs ressources, leur économie […] Une révolte populaire oui. Une ingérence et une confiscation par les grandes puissances, non.»

 

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